06 juin 2011

Angélique

Edit: j'ai appris aujourd'hui que les ménagères ont mis un point final à leur aventure parmi nous. Et je tiens à laisser un mot ici car je perds une sorte de repère. Cela me fait franchement chier et je suis triste de les voir partir. Les ménagères, ce sont deux nanas extras qui tenaient un blog que je lisais depuis 2007. Elles me rappellent le début de mon propre blog, mes premières rencontres IRL et d'autres belles choses que je préfère garder personnelles. Merci aux ménagères, merci pour vos billets dépaysants et qui savaient me toucher particulièrement.


Je déteste ce prénom. Excusez-moi les Angélique qui passeraient par là. J'imagine la pression que peut apporter ce prénom. L'obsession de rester sage à tout prix, d'être pure et vertueuse pour ne pas succomber à la tentation de faire des conneries. D'ailleurs, vous tenez quelque chose des anges et je ne devrais vous conjuguer ni au masculin, ni au féminin puisque, c'est bien connu, ces êtres supérieurs n'ont pas de sexe.

Voilà, ça c'était l'intro.

J'ai connu un exemplaire d'Angélique dans mon court quart de siècle. Au collège plus exactement. A l'heure où l'on s'éveille à l'autre sexe, où le regard de l'autre devient hypra-méga-supra important, au moment où on touche aux défis absurdes du samedi soir plutôt que ceux pondérés du lundi matin.
Elle était une copine d'une copine d'une copine à ma copine. Tu vois le truc?
Ah! Angélique! Quand je repense à elle, j'ai immédiatement un sourire moqueur et dédaigneux sur les lèvres. Angélique, le prototype foireux de l'adolescente rebelle. Elle en a accumulé des conneries en l'espace de deux ans.
Bon, j'arrête de tourner autour du pot et plongeons dans le sujet.
Angélique avait déjà eu la connerie de naître rousse. Je dis connerie car en 1998, rousse était loin d'être une couleur capillaire tendance. A part Véronique Genest ou Mylène Farmer, Kelly Reilly et Christina Hendricks n'existaient pas!
Angélique avait un nez érectile, les cheveux longs et gras car ça allait ensemble. Toujours à la pointe de la mode, elle portait en permanence ce pantalon de jogging rouge et noir à boutons pressions. L'hygiène n'était pas non plus une priorité. A moins qu'elle ne reconnaissait plus son corps qui était en train de changer. Par les journées de juin et les fins de cours d'EPS dans les vestiaires exigus, son odeur de d'ssous de bras devenait insoutenable.
Timide en classe, elle s'exprimait avec stress, ce qui rendait un essoufflement dans sa voix comme si elle venait de piquer un sprint pour répondre la première à la question du prof de maths. Mon voisin de classe ne partageait pas cette métaphore avec moi et préférait une idée plus salace. Je te rappelle que j'étais innocente à l'époque, c'est pour ça que je n'aimais pas mon voisin de classe.
Angélique n'était plus stressée au moment de descendre dans la cour. Elle était dans la place.
Angélique avait su me rappeler qu'il y avait peu d'élus pour aller voir le 6ème sens, d'autant plus quand il fallait avoir une carte d'identité sur soi pour prouver qu'on avait 14 et non 10 ans. Elle et ses figurantes m'avaient fait un signe de la main après avoir acheté leur ticket et m'avaient promis de tout me raconter...
J'avais dû faire demi-tour. A ce moment-là, le monde était divisé en deux: ceux qui avaient leur carte d'identité pour aller voir des films-qui-font-peur et ceux qui ne l'avaient pas. Amer constat.

Angélique s'était révélée experte dans l'art de m'envoyer son adolescence et sa crise typique en pleine gueule. Elle ne voulait plus être prise pour une gamine. Alors, toutes les semaines, nous étions abreuvées de ses dernières aventures du week-end. Photos à l'appui. Tous les samedis soirs, elle sortait avec ses potes maçons et caristes pour aller boire des Kro quand les parents n'étaient pas là. La cigarette faisait bon effet sur la bande de copines que nous nous partagions à deux. Angélique s'était auto-proclamée entremetteuse. Elle s'appliquait à caser ses potes BEP et CAP avec des mineures. Je n'ai jamais su pourquoi je ne fus jamais invitée à ces genres de speed-dating avant l'heure. Certainement, parce que les mecs ne m'intéressaient pas, que ma libido était profondément endormie et que je ne ratais jamais M6 Kid le mercredi après-midi.

Angélique était une performeuse et le clou de son spectacle eut lieu quelques mois avant le brevet. Je dois dire qu'elle incarna le rôle de l'ado enceinte avec succès. Tout le monde fut au courant: du directeur du collège, aux profs en passant par les cas soss, les copines et moi-même. Elle avait plus que mélangé sa salive avec BEP, le soir du 31. Soirée hautement propice aux coïts. Et le résultat se trouvait dans son ventre.
Au groupe de copines, il y eut d'abord l'annonce: "je suis enceinte." puis Ze Queschieunne: "je le garde ou pas?"
Avec les explications détaillées de l'incident, il fut difficile pour moi de la croire. J'étais innocente, certes mais je savais comment qu'on faisait les bébébous. En se tenant très fort la main.J'avoue que je n'ai pas été très solidaire avec elle sur l'histoire de l'embryon tellement remuant qu'elle le sentait dans son ventre. Je n'ai pas été très fine quand elle se faisait harceler par les cas soss qui ne croyaient pas l'histoire une seule seconde.
Tout le monde fut au courant et tout le monde y a cru. Angélique avait inventé le contraire du déni de grossesse. Ma mémoire a occulté précisément comment l'histoire s'est terminée, comment je l'ai appris. Pour ceux qui s'inquiètent, et je suis certaine que vous êtes nombreux, rassurez-vous, elle est enfin parvenue à tomber enceinte.

Je l'ai perdu de vue aussi vite que j'ai eu mon brevet pour partir dans un lycée de CocoVille. Si elle est sortie de ma vie ce n'est pas pour y rentrer de nouveau par la porte Facebook, 12 ans plus tard. Pardon? Angélique? Une amie? Ah! ça non! Les fantômes du passé sont déjà trop nombreux dans mon esprit pour qu'elle se joigne à la fête.


4 commentaires:

  1. J'en ai connu une aussi et c'était une pute. Voilà, c'est dit.

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  2. Et la marquise des anges, c'est pas la reine des salopes ?

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  3. J'adore ! Moi aussi j'ai de vieux fantômes qui me recherchent sur Facebook... hors de question qu'ils pourrissent une fois de plus ma vie !

    Eliz la rouquine (en 1998, cheveux longs et gras mais pas en joggos heureusement !)

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  4. @ Ginie: comme quoi!

    @ Mme D: j'en sais rien, faut lui demander! ;-)

    @ Eliz: on n'a plus rien en commun, à part des souvenirs et quels souvenirs!

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