09 mars 2011

Matin

Le réveil a un défaut. Celui de sonner toujours trop tôt. Couplé avec le téléphone que je snooze 5 ou 6 fois, avant de râler après la terre entière, puis de me lever. Le temps de me rendre compte dans quel sens je me suis endormie. La diagonale est le sens le plus confortable à mes yeux. Brrr, le carrelage toujours aussi froid. Où que j'ai mis mes chaussons, bordayl? La voix de Birenbaum parvient à mes oreilles, dans un premier bruit de fond.

Je tâtonne de la main, à la recherche de l'interrupteur qui va me brûler les yeux d'ici quelques secondes.

...

ça y est, ça brûle! J'évite de croiser le miroir qui me dénigre comme chaque matin. Je m'assieds sur le trône car je te rappelle que ze suis une princesse. J'ai du marbre dans mon palais, un diadème brillant de mille feux et un très joli siège où déposer mon auguste fessier. Malgré mes yeux mis-clos, je distingue une magnifique tisseuse de toile, tranquillement accrochée à ma serviette de bain. Elle est noire et poilue, grosse comme la moitié de ma main droite. J'ai des petites mains. Et ne bouge pas d'un iota, croyant que je ne l'ai pas vu.

Je soupire bruyamment et lâche un juron. En plus de mon teint frais et rosé, je suis toujours de bonne d'humeur le matin.
Je pars à la recherche d'une feuille de sopalin. Je ne tue pas encore à mains nues ces charmantes bestioles! Sadique dès le réveil, je l'enveloppe délicatement de la feuille, retourne ma main et serre le poing. Je sens les pattes s'écraser et l'abdomen s'aplatir sous mes doigts. Indescriptible comme sensation.

D'ailleurs, rendue à ce niveau-là, j'ai déjà fait fuir la majeure partie de mon lectorat.


Je m'empresse de me débarrasser du cadavre à la poubelle ainsi que toutes les preuves qu'on pourrait retenir contre moi. Un léger frisson me parcourt: non pas de plaisir sadique mais plutôt de dégoût étrangement agréable.
Remuer des cotons-tiges dans mes oreilles est la dernière étape de mon réveil.
Dans la cuisine, sur le rebord de l'évier, le grille-pain, légèrement suicidaire, est déjà au garde-à-vous. Je mets à chauffer de l'eau en caressant délicatement la bouilloire. Thé infusé, tartines toastées, voyage sur plateau jusqu'au lit: le timing est serré. Et je répète mécaniquement tous ces gestes le matin. Je mords dans ma tartine. La pâte noisette-coco se liquéfie et coule entre mon annulaire et mon majeur. Je tripote mon Nokia pour voir les premiers tweets de ma TL. Cette lecture rapide terminée, je tends l'oreille. Axel de Tarlé me fait rêver en me parlant des montants compensatoires et des fluctuations boursières. Les animateurs-trices de radio ont toujours été un fantasme. On connaît leur voix mais pas leur visage alors on les imagine ou on les google-ise si on a la flemme.


Ceci est un Axel de Tarlé!

Je suis des yeux les arabesques de mon horloge avant de réaliser que j'ai grignoté trop de minutes. Je te passe l'épreuve angoissante de la penderie. Un nettoyage des dents et un trait sur les paupières et un coup de lisseur pour remettre en place les quelques mèches qui ont tenté un putsch dans la nuit, matées quelques heures plus tard par 190°C.
Je laisse mon réveil continuer de parler avant de refermer la porte. T'inquiètes, fatigué, il se taira au bout d'une demi-heure. J'ai tout laissé en plan car le soir, mon premier plaisir est de humer l'odeur grillée ayant stagnée dans l'appartement toute la journée.

4 commentaires:

  1. J'ai failli succomber en même temps que l'araignée, mais il paraît que la petite bête ne tue pas la grande.
    T'as vérifié, le soir, qu'elle était toujours dans la poubelle ?

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  2. Arrête, je la sens dans mon dos !

    (je t'ai déjà dit que je suis fan de ta plume ?)
    (ben je te le dis)
    (c'est assez rare pour être souligné)
    (au stabilo)

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  3. Merci pour les compliments Ginie que je peux également te retourner! ;-)

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