18 mars 2011

Envolées

La soirée fut bonne mais est maintenant terminée. Je mets un peu d'ordre dans mon appart' d'étudiante tandis que Cilcé, dans la salle de bain, s'active à se brosser les dents pendant ses 10 minutes réglementaires. Elle se décide à sortir et se met rapidement sous la couette rayée. On échange brièvement, puis elle sort cette phrase:
"mais tu sais, ennA, de toute façon, je compte bien vous revoir toutes après la fac."
"T'es sérieuse?" dis-je en la poussant volontairement dans ses retranchements.
"Tu en doutes? Tu vois comme on s'entend toutes bien. On a encore passé une super soirée. Oui, je suis sérieuse."
Mes lèvres s'étirent en direction de mes oreilles.
Ce moment qui a duré en tout une à deux minutes est resté net dans mon esprit. Je revois parfaitement la scène. Moi me tenant dans l'encadrement de la porte de la salle de bains, les cheveux négligemment attachés et elle, allongée sur le dos, en train de philosopher à propos de notre avenir.
A l'époque vous se composait de cinq filles de promo, moi inclue.
Et 6 ans après, j'ai le cœur lourd et les larmes aux yeux. Le temps de la fac est révolu. On s'est orientées dans ce qu'il nous plaisait et ce qu'il nous tenait à cœur. Et de ce fait, on s'est forcément éloignées les unes des autres.
L'une a longtemps cherché ce qu'elle allait bien faire de sa vie et a fini par trouver sa voie: l'enseignement et les langues.
La deuxième s'est également tournée vers ces domaines-là.
La troisième a réalisé ses rêves d'humanitaire et de sauver le monde (du moins contribuer à ce qu'il aille un peu mieux).
Cilcé, artiste dans l'âme, fait son trou dans le milieu du cinéma.

Toutes sont sans attaches particulières, parcourant le globe et s'installant temporairement dans un pays. Le temps de découvrir une culture jusqu'à ce que leur vie les amène dans une autre direction.

Et ennA? bah, ennA est la moins aventurière des cinq. Elle a choisi un métier assez plan-plan finalement. Qui lui plaît mais qu'elle peut exercer largement en France. ennA a bougé de 93 km pour décrocher un travail. Quelle aventure!

Admettre que ces personnes ne feront plus jamais partie de son quotidien. Admettre qu'elle recevra épisodiquement de leurs nouvelles. Perdre progressivement le son de leurs voix. Ne pas oublier leurs rires si atypiques. N'avoir plus que des photos et des vidéos pour se souvenir.

Reconstruire un nouveau cercle amical et repeupler le vide de sa vie sociale quand la situation professionnelle se fait incertaine. Partir à l'aventure d'une ville et de ses secrets idéalement accompagnée. Ne pas savoir où ces prochains mois vont l'emmener. Certainement pas en Asie, à Mayotte ou au Canada. Ne pas savoir grand chose en réalité. Juste constater qu'elles ne l'ont pas attendue et qu'elles se sont envolées sans elle. Définitivement.

5 commentaires:

  1. très joli texte... je pensais aussi rester toute ma vie amie avec ma bande de copain de la fac, comme mon frère le fait depuis plus de 20 ans... mais je n'ai jamais revu une seule de ses personnes. si je ne leur téléphonais pas, elles ne le faisaient jamais, et un jour je les ai définitivement perdue de vue. aujourd'hui je me sens bien seule les traditionnels soirs de sortie entre amis, comme le vendredi et samedi...

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  2. Il y a aussi les cas des gens casés-maison-bébé qui n'ont plus envie de sortir. Il y a 15 jours, je suis restée tout un week-end sans sortir de chez moi et sans voir personne; pas évident pour le moral! :-S

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  3. Coucou Anne !
    Ton billet me touche, n'hésites pas à me faire signe pour aller boire un verre en ville :)

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  4. je rejoints Lucie Les Matins Roses, très jolie texte !

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  5. @ Lucie: je tâche de t'envoyer un mail prochainement ;-)

    @ Inès: merci Inès!

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