04 avril 2011

Trajet

Loin d'être Wonderland, mon trajet quotidien est peuplé de visages qui deviennent de moins en moins inconnus au fil des mois. Ils sont habitués du train de 6h57 et du tram de 8h08, du tram de 17h44 et du train de 18h02. On embarque tous et toutes dans la même galère.

Il y a l'homme de la quarantaine, faux sosie de François Cluzet, marchant à neuf heures un quart, portant un sac à dos citroën rouge. Tous les matins, il roule sa clope en attendant que le transport express régional nous emmène vers la capitale de l'Ouest.

Il y a l'habitante de Beach City qui a l'allure d'une autochtone de Snob Town: chignon banane, maquillée à la Fontenay (pas la pomme de terre, l'autre) et laissant dans son sillage une odeur chargée de parfum Guerlain. Elle salue toujours une autre dame au carré parfait.

Il y a le gang féminin qui monte à Savenneg. Le mot gang est bien choisi car elles me prennent souvent en otage, malgré moi. Le genre de personnes que je hais à 7h27: bruyantes, conversations dignes de celles d'une réunion Tupperware, rires stridents, etc. Elles sont au nombre de 4 et n'hésitent pas à dégager le pauvre voyageur assoupi qui n'a pu trouver refuge pour son séant que dans un carré, places chèrement convoitées.

Il y a le rouquin de Mouster-Al-Loc'h, qui par le hasard des places et des jours, s'assoit parfois à côté de moi. Quelqu'un qui se racle la gorge toutes les deux minutes pendant un trajet qui en dure 30: cela fait beaucoup de chats dans le gosier. Je déteste les bruits cycliques. La dernière fois, je n'avais qu'une envie de me tourner vers lui et de lui dire gentiment: "mais bordel, tousse un bon coup!".

Il y a le club des coiffeuses du soir, originaire de Pontkastell-Keren. A quoi je les identifie comme coiffeuses? Sérieux, tu me poses la question? Juchées sur des talons Miss Coquines, elles piaillent en cœur en fumant leur dernière cigarette avant de monter dans le train. Elles sont accompagnées par des sacs volumineux siglés l'Oréal et d'autres marques de cosmétique capillaire. Si elles rivalisent toutes au niveau des coiffures plus "élaborées" les unes que les autres, vestimentairement parlant, elles sont faites sur le même moule Jennifero-pimkie. Elles s'appellent Cynthia, Alison, Emilie ou bien Karine. Elles sortiront en boîte ce week-end pour fêter les 20 ans de Cynthia.

Il y a le garçon aux yeux de lémurien, à l'air triste comme un bonnet de nuit. Il mène apparemment une vie assez épanouie. Portant toujours le même manteau en daim noir, un jean brut et des tennis noires, il ne se sépare jamais de sa sacoche d'ordinateur portable. Je crois qu'il m'a capté.

Il y a le métisse à lunettes, occupé à distribuer le journal du soir. Sa démarche nonchalante et son sourire me font penser vaguement à mon cousin.

Lorsque les portes du tram s'ouvrent, libérant le flot de voyageurs, je laisse toujours les cons monter en premier. Je ne suis pas pressée surtout quand je sais que le prochain est dans deux minutes. A quoi reconnaît-on les cons des transports?
J'en donnerai deux définitions:
-les cons des transports sont ceux qui montent dans le tram alors que les futurs sortants ne sont pas encore descendus.
-les cons des transports sont ceux qui montent dans le tram alors qu'ils savent pertinemment que les portes ne fermeront pas.

Et enfin, il y a la fille portant un important sac noir en plastique sur l'épaule droite. Parfois, les cheveux lâchés, parfois, les cheveux attachés, elle attend, les mains vissées dans ses poches en bâillant indiscrètement. Ou bien quand l'impatience la guette, elle lit et fait abstraction de ce qu'il y a autour. Il arrive que certains soirs, quand les grenouilles se font trop bruyantes car le déjeuner est loin, elle mange comme une grosse gourmande son muffin vanille-fruits rouges avant de grimper dans le ter.

8 commentaires:

  1. Une sorte de rendez-vous quotidien qui fait partie de la routine... Et je vois que toi aussi tu désespère de voir ces "cons des transports" :) Comme quoi, ya des cons partout, ça fait aussi partie de la vie ;)

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  2. Moi aussi je déteste les cons des transports, et je sais les repérer !
    Je crois que ce que je déteste le plus, en fait...c'est le gang féminin ! Quand je prenais le train pour aller à la fac, j'avais droit à ça, c'était terrible, quand ma seule envie était de me reposer...

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  3. Beau! j'aime. (ce commentaire a été réfléchi 7 minutes avant d'être posté)

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  4. "elle mange comme une grosse gourmande son muffin vanille-fruits rouges"

    Han ! J'ai envie d'un muffin maintenant !


    (tu les fais ou t'achètes ? parce que si tu trouves des bons à la vente, je veux bien la marque/magasin/patisserie)

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  5. @ JS: oui! j'aime bien ton expression de rendez-vous quotidien. Sauf que cette semaine, je ne les verrai pas beaucoup: vive la SNCF!

    @ Manu: merci Manu :-)

    @ Kahlan: elles débordent d'une énergie folle, à 7h27 quand la majorité des gens souhaitent s'assoupir ou lire un peu.

    @ Crevette: héhéhé :-)

    @ Gaby: non, celui-là, je ne le fais pas. Je l'achète en descendant du tram, dans une sandwicherie Pile-Poêle (je ne pense pas que ce soit une chaîne de magasin) pas cher (1€30) et il y a d'autres pâtisseries originales comme des Donuts multicolores. Miam! Miam! :-D

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  6. Haaa j'aime ton billet, tu es douée dans les descriptions avec une touche d'amusement. Pour ma part quand je sors du travail tard le soir, je croise aussi un gang de filles... et c'est bien les seules personnes que je croise. Et c'est marrant, même ma coiffeuse a peur du club des coiffeuses, si si, elle me l'a dit, elle préfère la discrétion et le calme. Du côté des cons des transports, j'en croise pas mal en voiture aussi, mais ça ce n'est pas un secret ;)

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  7. @ Caro: merci, merciiii :-D Ce n'est pas la première fois que j'en rêve de ta coiffeuse. Et pour les cons, ça existe aussi en voiture :-( j'en ai fait l'expérience cette semaine.

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