12 décembre 2010

Boîte de Pandore

Je t'enlève la parole pour cette fois. Désolée.

Depuis 14 ans, je traîne avec moi une boîte de Pandore. Elle ne me quitte à aucun moment du jour et de la nuit. On ne la remarque pas tout de suite. J'arrive très bien à la dissimuler jusqu'au jour où la confiance est là. Et que je veuille bien la présenter. Mais mettre des mots sur elle ne la fait pas disparaître pour autant. Nous sommes liées.

Si tu savais, M. le prochain...

Ma boîte de Pandore est assez petite pour se résumer en une seule phrase. Elle sait se faire lourde par moment. Les moments où un regard masculin équivoque se pose sur moi et les moments où je me perds dans un maelström intérieur. Elle est d'une couleur indescriptible, oscillant entre le vert et le bleu nuit. A première vue, elle a l'air très belle et tout à fait inoffensive. Elle me semble indestructible. Sa serrure et ses charnières dorées ont été assez solides pour que la boîte ne se soit pas ouverte pendant plusieurs années.
Depuis, elle ne ferme plus et reste entrouverte. Sa simple brèche suffit pour me faire perdre l'équilibre. Je prétexte d'être bien et de faire avec. C'est moins courageux que de la fermer pour de bon, à défaut de s'en débarrasser.

Si tu savais, M. le prochain...


Ma boîte de Pandore n'est pas vide. Elle contient beaucoup de larmes, de crises et de nuits blanches. Mais elle renferme principalement de la culpabilité. J'ai désobéi. C'est entièrement ma faute, quoiqu'on en dise. Ma punition a été de récupérer cette boîte et de ne plus m'en séparer. A l'intérieur, on y trouve ma peur la plus intime, mon dégoût et ma nausée envers nos corps. Tout au fond de la boîte, il y a aussi du silence, beaucoup de silence. Si pesant, si épais, qu'il s'est transformé en tabou, plus dur à briser. Et je ne peux plus le faire seule.

Ma boîte de Pandore a fait germé tout au long de ces années, un manque. Le manque de confiance en soi. Elle a favorisé ma fuite en avant et ma complaisance dans la solitude. Elle est une citadelle imprenable.

Si tu savais, M. le prochain...
Si je savais comment m'en échapper...