15 février 2011

Jean-Robert

J'avais décidé de parler du maki-catta à l'occasion de la Saint Valentin. Un défi qui dure depuis deux ans car l'année dernière, j'étais très occupée, j'avais poney. Je ne pensais pas en parler encore cette année car je n'étais pas d'humeur mais il m'est arrivé un truc hier soir. J'te raconte paooooonnnnn!
Il est arrivé par chronopost. 100% Malgouche et certainement pas une contrefaçon chinoise. Un bout de queue annelée de noir et blanc dépassait d'un coin du colis. Je l'ai ouvert et j'ai tout de suite vu ses yeux rouges. Oui, il paraît que les maki-cattas sont de vrais camés et fument beaucoup de ganja pour entretenir cette couleur vive. Il m'a ensuite dit:

Salut ennA, je m'appelle Jean-Robert! Mais je réponds aussi aux douces initiales J.R. Je suis ton cadeau pour ce soir.

Alors, là, je me suis demandée si je n'avais pas moi-même tapé dans la réserve de nourriture de Jean-Robert.

Mais il a continué:
Allez, enfile ton poom-poom short de bombasse, ton haut à rayures et met ton smocky rouge pour qu'on soit raccord! (clin-d'oeil appuyé et rire aigu). Ce soir, c'est moi qui passe aux fourneaux!

Je me suis pincée très fort. J'ai vérifié que mes paupières étaient ouvertes mais non, je ne rêvais pas. Il sortit du colis et se dirigea vers la cuisine, sa longue queue relevée en forme de crochet, un panier en osier sous une patte. Il savait que j'avais un poom-poom short de bombasse, un haut à rayures et... en plus, il savait où se trouvait la cuisine.
Je le suivis et l'observai depuis le seuil de la pièce. Il n'était pas très grand; pas plus de 50 cm de haut. Il commença à déballer ses affaires. Il ouvrit le frigo pour mettre ses paquets au frais, inspecta le four et renifla l'intérieur du micro-ondes. Puis il me regarda de nouveau.

Mais qu'est-ce que tu fous là? Va te faire belle et va te détendre, je m'occupe de tout.

Mais tu vas vraiment cuisiner? Mais, c'est quoi ce délire? balbutiai-je

Bon, écoute, c'est la Saint-Valentin, alors profite qu'on s'occupe de toi et va te changer!

Abasourdie et ne sachant vraiment pas quoi dire ou faire, je m'exécutai. Une fois prête, je regagnai la cuisine. Il avait poussé la porte. Perché sur un tabouret, il devait mettre la touche finale à sa préparation; son bout de queue virevoltant légèrement. Cela sentait bon, très bon. Son panier était vide sans que j'avais pu voir ce que Jean-Robert avait apporté.
La table était déjà mise. Enfin... mise. Deux coupelles se faisaient face accompagnées de deux verres à cocktail et une fourchette à trois dents. J'ai vu qu'il s'était servi dans ma cave et dans ma discothèque.

Assis-toi, je t'en prie! me cria-t-il de la cuisine. Ce qui me fit sursauter. Je l'entendis arriver. Vêtu d'un tablier, il apporta un petit pichet rempli d'un liquide clair.

Tiens, regarde, je t'amène ton cocktail préféré.
Il en versa dans mon verre. Je reniflai méfiante.

Allez, tu connais bien cette boisson.

Un maki-catta débarque chez moi et me sers un verre. Tu peux comprendre que je me méfie.

Allez, goûte!

J'avalais une gorgée. Un daïquiri? supposai-je
Gagné hihihihi! rigola-t-il

Il repartit. Putain, comment le savait-il? J'entendis quelques bruits de vaisselle avant qu'il revienne avec mon fait-tout acheté la semaine dernière. Il grimpa avec, sur la table et commença à me servir.
J'hallucinai toujours même si je trouvais qu'il se débrouillait pas trop mal. Genre, il avait fait ça toute sa vie. Faire la popotte à des personnes... seules.
Je regardai la mixture déposée dans ma coupelle. Je pris ma fourchette et commençai à manger sans même l'attendre.
Quand je relevais le nez de mon assiette, je fus surprise de voir qu'il ne mangeait pas la même chose que moi.

Alors? T'en penses quoi? me demanda-t-il, perché sur la table devant moi.

C'est bon. C'est quoi?

C'est un plat typique de chez moi. Du sauté de bœuf aux noix de cajou.

De chez toi, tu veux dire de Madagascar?

Oui répondit-il de sa voix aiguë.

Et toi? Tu préfères les fruits.

Pour toute réponse, il engloutit une banane.
L'alcool aidant, je me détendis un peu même si la scène me paraissait toujours surréaliste.

Bon. Maintenant que je suis sûre que je ne rêve pas, que je suis en train de manger un délicieux repas qu'un maki-catta m'a préparé, peux-tu me dire la raison de tout ceci?

Je suis ton porte-bonheur ennA. C'est Saint Valentin qui m'envoie.
J'éclatai de rire.

Je suis sérieux. Je suis le maki-catta de la Saint-Valentin.
Alors au lieu d'envoyer des angelots armés de flèches, il envoie des maki-cattas?

Ils étaient tous overbookés. Surtout en ce moment.
Et quel est le rapport avec Saint Valentin?

C'est le patron des lémuriens.
Tu as vraiment réponse à tout. Tu te fouterais pas de ma gueule plutôt?

Je t'assure que non.
Et que faut-il faire? Qu'on tombe amoureux? plaisantai-je

Juste passer la soirée avec moi.
C'est tout?

Et tu verras bien dans les quelques jours à venir conclut-il de manière subtile.

Ce matin, je n'ai rien remarqué de bizarre, sauf, que Jean-Robert s'était barré sans me laisser un mot. Dans la cuisine, il n'y avait aucune trace de ce qui s'était passé la veille. A part le pichet vide aux rebords collants de sucre.
Je crois avoir compris d'où venait finalement Jean-Robert. Grotesque Saint-Valentin !

2 commentaires:

  1. Je veux bien partager votre repas la prochaine fois.
    Merci pour ce fou rire, t'es barge !

    RépondreSupprimer
  2. @ Ginie: pas de souci. Mais il ne m'a laissé ni numéro, ni mail. Je sais juste qu'il habite Madagascar. Donc aucun moyen de savoir quand il reviendra. Peut-être dans un an pour la Saint-Valentin!

    RépondreSupprimer