16 septembre 2010

Appart'

Ecoute, je suis paumée. Bon, je ne suis pas rendue au même niveau que le Petit Poucet car je n'ai désormais plus besoin de cailloux pour retrouver mon antre. J'arrive à me repérer dans l'espace, faut pas déconner! Mais n'empêche que, je suis paumée.

Voilà, j'habite chez quelqu'un, moi, pour ne pas me citer, depuis 4 semaines. Comme la phrase l'indique, je souffre de schizophrénie domiciliaire.
Et je ne comprends pas plus que toi.

Je suis totalement indépendante et je reste tétanisée, assise sur mon canapé trop grand pour une fille d'un mètre soixante - mes pieds ne touchant pas le sol - . Ma magnifique table de salon en carton décorée de motifs obscènes n'est pas très douée pour me rassurer. Pendant ce temps-là, des pièces de meubles traînent dans l'appart; un peu comme moi, elles sont en transit et ne se sentent pas à leur place, désassemblées.

Je compte les carreaux me séparant de la salle de bain en écoutant les histoires de cœur de ma voisine et de son encore-pas-ex. Il a une voix extrêmement grave et de lui, je sens la fumée malpolie de sa cigarette s'invitant dans l'appartement.

Je lève la tête pour voir passer les Airbus lumineux, prêts à se poser à quelques kilomètres de là, ramenant probablement des vacanciers du Club Med.
Nul besoin de se forcer pour mater pourrait être la devise de l'appartement. Le voisin torse nu et intelligemment musclé effectue des pompes, sous l'œil de sa copine qui déguste une glace.
Quand je ne joue pas avec mon ombre dans l'entrée, les soirs où la connexion Internet se fait capricieuse, c'est que je badine avec mon reflet dans la porte-fenêtre.
Je compte et recompte mes verres dans la cuisine pour voir s'ils sont bien tous là, rangés sagement dans le placard. Aucazou quelqu'un passerait prendre l'apéro. Je lui proposerai au choix de l'huile d'olive, du vinaigre balsamique, de la sauce soja, de la crème fraîche ou plus basiquement de l'eau sans bulles. Je sais recevoir.
La névrosée que je suis, prend son pied quand elle remarque que l'heure du réveil est synchro avec celle du four. Au moins, il n' y a pas de décalage horaire entre la cuisine et le reste de l'appartement.
Je teste les deux fauteuils à rayures pour juger lequel, du gauche ou du droit, est le plus confortable. C'est celui de gauche. A moins que ce soit celui de droite. Je regarde avec inquiétude ma porte de douche légèrement en diagonale quand l'envie me prend de me laver.
Et ces murs... Blancs... sont comme une sorte d'invitation puérile à crayonner dessus ou à projeter des seaux de peinture, telle une artiste incomprise.
Et pourtant, avec un peu d'imagination...

Mathieu sera encore sur la terrasse en grande discussion avec Emilie qui s'en grillera une. Pendant ce temps-là, Thomas et Aurore trinqueront ensemble. Manue apportera des gourmandises sur la table tandis que Pauline se servira un verre. Yoann croira avoir déjà entendu le morceau qui passe. Je demanderai avec empressement des nouvelles d'Hugo à Lucie. Lucie, qui, m'invitera du regard, vers Pierre qui sera en train de s'assoupir dans mon fauteuil à rayures gauche. Pauline me demandera où j'ai acheté le grand tableau qui orne le mur principal.

Avec un peu d'imagination...

3 commentaires:

  1. Des murs blancs pour de nouvelles histoires à écrire

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  2. J'arrive un peu tard, je suppose que tu es bien installée à présent...

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